Philippe GUILBAUD

dsc_0789Laruns, un 15 août. Ou à Bielle, une semaine plus tard. Longtemps, Philippe Guilbaud a photographié ces fêtes votives de la vallée d’Ossau. Un peu un rendez-vous entre copains, avec Hervé Butel. Après la mort du photographe et pyrénéiste, fauché à l’Arriel en 1989, Philippe Guilbaud continue de photographier, fidèle aux souvenirs et à l’argentique. Pour fuir «un parapluie disgracieux ou des bermudas qui passent», lui qui répugne à se glisser au milieu des danseurs profite de leurs pauses pour s’approcher au plus près des tissus anciens et fragiles. Confectionnés fin XIXe ou début XXe, ils ne sortent des armoires que pour ces occasions.

«Trop de gens polluaient l’image. J’ai resserré les cadrages sur les détails et compris leur symbolique», s’anime le gaillard à la tignasse en bataille et au regard rêveur derrière les lunettes, installé à Arudy comme photographe depuis 1984. Philippe Guilbaud choisit alors de ne montrer que ces détails, s’imprègne de leur signification : les rubans aux couleurs des familles, les vœux de fécondité ou de prospérité qui se lisent sur certains ornements… Lorsqu’il expose quelques-unes de ses photos au Palais Beaumont à Pau, il place côte à côte les couleurs éclatantes des costumes, et des paysages ou des visages pyrénéens saisis en noir et blanc. Visiteur de l’exposition, l’éditeur du Gypaète est séduit. Il rassemble dans un superbe livre les deux facettes du travail de Philippe Guilbaud : Belle Ossaloise est publié en 1999, à partir de photographies sélectionnées par le photographe «avec les tripes. Si l’image me plaît, me parle, me renvoie une émotion je la sélectionne. Le critère technique n’est pas fondamental». C’est tout simplement superbe.

Natif de Dax, il a vécu sans racines, au gré des affectations d’un père militaire. A Pau, dernière ville de garnison paternelle en 1976, Philippe Guilbaud s’initie au pyrénéisme et au rocher école d’Arudy, où il s’installe «un peu par hasard, après un ersatz d’étude de marché. Aujourd’hui, je suis d’où je vis.» Arudy, c’est sa porte vers les randonnées : le massif d’Er et le plateau d’Anouilhas encore sauvages, les «classiques lacs d’Ayous», malgré leur constante fréquentation. L’appareil photo toujours dans le sac, Philippe Guilbaud vit sans se lasser en montagne un «sentiment de premier matin du monde, de pureté». Il s’imprègne de lumières, mesure l’importance de la présence humaine : «C’est ce qui rend la montagne vivante». Il l’arpente dans les années 1990,aux premiers balbutiements des mises aux normes de cabanes : «J’ai voulu fixer cette histoire-là par les images». Le projet dérive bientôt sur les portraits des bergers, ce côté humain si cher à Philippe Guilbaud.

De juillet à septembre 1993, il crapahute pendant les trois mois d’estive, une quinzaine de kilos de matériel sur le dos : «A la fin de l’été 93, j’étais en bonne forme !» Il repère les cabanes sur une carte IGN, discute avec les bergers avant de les photographier. Il essuie quelques refus, trouve parfois porte close, immortalise 63 bergers sur les 75 vivant en estive. Il expose leurs portraits au musée pyrénéen de Lourdes, avec le soutien de la conservatrice Geneviève Marsan. L’exposition plaît aux éditions de Faucompret qui en fait un livre : «Au départ, je voulais seulement conserver des traces», insiste le photographe, qui vit ses publications comme une «sorte de consécration». Reconnu par «les gens d’ici», il a aussi collaboré avec René Arripe pour certaines photos du Who’s who de la vallée d’Ossau.
Dans son magasin du centre d’Arudy, celui qui se définit comme «photographe rural» continue à pratiquer la photo de mariages, de communions, les prises de vues industrielles. Il parle aussi bergers, cabanes et Pyrénées avec ceux qui viennent lui demander des dédicaces.
Converti au numérique depuis un an, Philippe Guilbaud fourmille de projets. «J’espère pouvoir continuer à vivre le plus et le mieux possible ici.» C’est sûr, on le verra encore à Laruns et à Bielle.

Karine ROBY

Source : Le Magazine du Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques NOV/DEC 2008

Contacter Philippe GUILBAUD

Powered by eShop v.6